CAHIERS DE DOLEANCES DE ROUEN

 

Sergenterie de Saint George de Bocherville

 

 

Cette sergenterie occupait les trois boucles de la seine à l’ouest de Rouen, suivant l’orientation des méandres, le plateau crétacé surplombe le fleuve qui coule au pied d’une falaise abrupte, ou bien la vallée s’élargit et forme une pleine alluviale d’étendue variable. Des vallons secs aux pentes rapides, entaillaient le plateau. La forêt y tenait une large place (foréts de Roumare, de Mauny, de Jumièges et du Trait). et la seine y jouait un rôle important. Elle conditionnait en partie la vie des riverains, tant par ses inondations, que par son trafic. Le long du fleuve, les habitants étaient comme a Croisset, essanssiellemnet pécheurs et mariniers. Ailleurs ils demandaient à la terre, à l’exploitation du bois, au « commerce du coton » leur subsistance. Les plaines à limon étaient rares et il n’y  avait guère de grandes fermes ; la partie culture dominait, et l’élevage, les arbres fruitiers : pommiers, cerisiers, pruniers y prospéraient.

On y comptait 30 paroisses qui dépendaient des hautes justices de Duclair, Roumare, Bondeville, Saint Martin de Bocherville et Monville, Déville appartenait à l’archevêque de Rouen ; ses appels étaient portés à la juridiction des Hauts Jours de l’archevêché.

Toutes ces paroisses sauf  Roumare qui relevait du coté d’Eu, le duc de Penthiévre  ayant protesté contre l’assignation qu’il reçu ; comparurent à Rouen. Elles appartiennent aujourd’hui en grande partie au canton de Duclair et de Maromme et plusieurs d’entre elles ;  Canteleu, Déville, Le Val de la Haye, Le Houlme, Notre Dame de Bondeville étaient comprises dans la banlieue rouennaise.

Les assemblées électorales se sont tenues du 22 au 30 mars et, le plus souvent le dimanche 29, sous la présidence du syndic, sauf à Deville et à Duclair  (un avocat), a Jumièges (un notaire) à Maromme (un sergent royal), mais le faible nombre de rôles de taille que nous avons retrouvés pour 1789 (sept seulement) n’a pas permis de préciser la situation de fortune des comparants.

 

LE MESNIL SOUS JUMIEGES

 

Dep : SM        Arr. : Rouen    canton : Duclair.
Gén ., èl : Rouen ;      population : 100 familles. (483  habitants).
Seigneur et patron ; abbé de jumieges.

 

Procès-verbal

 

Ass : 29 mars  « en la manière accoutumée » devant P Phil Bucquet, syndic (41.1)

Comp : Jac Lebourg (18.1),  P A Saint André, (31.1), E Duparc (27.1), J Hebert (17.1),  Ch Lecointe (60.1), J S Thuillier (60.1),  J Masse (30.1),  Rob Vauquelin (48.1),   J J Duparc(37 1),  N Lespagnol (27.1),  Ant Faraguet (72.1),  J Val Duparc (37.1),  Laur Ch Nierre (37.1),  Et Critot (32.1),  J B Duparc (72.1),  A Alleaume (32.1),  P Vauquelin (38.1),  P Lemasson (15.1),  J B Lemasson, Lo Houzard (24.1),  N Lebourg 16.1),  P Danger  (37.1), Val Cabut (77.1),  J Duquesne (10.1),  P Jac Thuillier(15.1),  P Duparc fils (7.1),  P N Bastille (8.1),  J B Thuillier (50.1),  Jac Bouvier (29.1),  Lo Fleury (15.1),  
Dép : Laur Ch Nierre, J B Duparc

CAHIER

Les dits propriétaires et habitants, considérant que, dans la circonstance actuelle ou toutte la nation s’empresse de porter aux pieds du trosne leurs respectueuses remontrances, n’ont rien de plus pressé que d’y joindre, persuadés comme ils sont, qu’éttant les fidèles sujets du Roy, il écoutera leurs plaintes avec bonté.
C’est dans cette confiance que les dits propriétaires et habitants authorisent les sieurs députés quy seront nommés de remontrer à l’assemblée du Thiers état  de la ville de Rouen qui se tiendra le premier avril prochain :
Cette paroisse, quoique peu considérable en elle méme, ayant au moins deux lieues de longueur située le long de la rivière de seine, le long d’icelle et sur toute sa longueur, il y a des digues et talus, lesquels, malgré le soin et le travail des habitants, se trouvent a chaque instent renversés par le ravage impétueux du flue et reflue de la mer, qu’on appelle barre, de sorte que les propriétaires et habitants sont obligée d’y faire des dépenses continuelles et très coûteuses, pour empescher la ruinne totalle de leurs fonds

La terre labourable de la ditte paroisse consiste en marais et sablons. La partie en marais est sujette aux débordements et inondations de la rivière de seine, et celle en sablons est de léger produit, Encore faut il des années de pluies fréquentes parce que dans les années de sécheresse ils ne produisent presque rien, et sont exposés aux bestes fauves qui mangent une partie du peu de récolte qu’elles pouroient produire

Les rues de cette paroisse scituée en terrains maraiqueux, sont très difficilles pour leur entretien, de sorte que les habitants ont beaucoup de peines et y fond grandes dépenses pour tacher de les rendre praticables ; pour quoy ils demandent ;

(1) A estre affranchis de la contribution aux corvées des grandes routtes. La paroisse, dans sa position, ne peut subvenir à l’entretien de ses chemins particuliers ;
 
(2) Que les anciens impost quy pourroient estre continués, et que les nouveaux, que les circonstances pouront obliger d’établir, ne soient que pour un temps limité ;

(3) Que les impost, subsistes, soient répartis dans la plus exacte proportion sur chaque province, et sur chacun de ses membres, soit noble, ecclésiastique ou roturier sans distinction ;

(4) Que les droits d »e gabelle, accessoires, droits des aides et entrée sur toute marchandise, soient suprimés, et que le commerce du sel soit rendu libre. Un objet à observer sur ce point, c’est  que dans notre petite paroisse quy, avec bien de la peine est obligée de payer 2.060 l de principal de taille, il y a dans icelle huit employés des fermes généralles , dont leurs apointements montant a prés de 3.000l

(5) Que les pigeons, corneilleaux, lapins et autres bestes fauves soient detruits comme nuisibles aux biens de la terre ;

(6) Les cuirs étant une marchandise dont tout le peuple a besoin;  que les droits que l’on perçoit sur iceux soient suprimés ;

(7 )Et enfin les dits propriétaires et habitants désireroient avec toutte l’ardeur possible quy n’eut à l’avenir qu’un seul  et unique impost à pater, et qu’a iceluy tous les autres impôts et droits y fussent réunies.

(8) Et cependant les dits propriétaires demandent encore le maintien des assemblées municipales

Le mesnil sous jumieges est située à 5 lieues de Rouen, sur le bord de la seine, dans une zone marécageuse. Les labours sont cependant d’assez bon rapport. Les masures sont plantées «  d’arbres à fruits tendres comme pommes de reinettes, pigeons et poires à couteau ». Les sablons sont médiocres et les prairies souvent mauvaises. Quoique les talus ateignent a plusieurs  endroits de 8 à 10 pieds de haut en pierres de taille. Les habitants sont laboureux ou journaliers. On comptait en 1772 93 feux. Le marché le plus proche est celui de duclair

Le chiffre de 29 comparants est indiqué par le rédacteur du procès verbal qui ne porte que 25 signatures. En rapprochant ces signatures ou celle du cahier nous avons retrouvé 29 noms, 4 ayant été omis sur la liste

Le rôle de la taille comporte pour 1789 114 cotes (dont 20 veuves) entres lesquelles sont réparties 2.060 l de principal.  Les professions n’y figures pas. On a dénombré 16 inutiles ou mendiants. La plus forte cote est de 130 l (D Danger) aucune autre ne dépasse 80 l. La signature du cahier s’est inspirée de celui de jumieges