Contrat de construction d’un bateau à Rouen
 au quatorzième siècle

 

Dans le seul registre du tabellionnage Rouennais conservé à cette époque de la guerre de 100 ans figure à la date du 4 avril 1391 un contrat pour la construction d’un bateau; c’est le seul d’ailleurs qu’on y trouve.

Jean le Caron et Pierre le Cavelier de Saint Martin sur Croisset s’est ensemble et l’un pour le tout à ce que ils feront un batel et rendront tout prest la Magdeleine prochain avenant ou de dans huit jours en suivant à Jean Boutard de la paroisse de Jumièges et à Marguerin le Blout bourgeois de Rouen de 28 pieds de long entre deux estables à pied marchand et 7 pieds ½ de lay et 4 pieds ½ de genoul, de merrein bon et suffisants, tel comme au cas appartient de clous et de ferrements, tel semble comme a de ce appatient et trouvera le dict acheteur le bray a faire le batel, pour 35 l.t et en auront les dicts vendeurs avant les marins 8 l. 15 s et que le fond en sera joint et les estables autant et quand il sera tout bordé autant et quand il sera bouté a l’eau l’autre quard paiement ; les dcits vendeurs promistrent livrer le dit batel en la manière que dict est et oblige corps et biens.

Deux artisans du bois de Croisset (réunis à Canteleu) s’engageaient donc à construire un bateau de 9 mètres 25 de long, 2 m 50 en sa plus grande longueur et de 1 m 50 de profondeur pour deux particuliers dont l’un demeurait à Rouen et l’autre a Jumièges. Ces artisans s’engageaient à fournir le bois de bonne qualité ainsi que les clous et les fers nécessaires à cette construction. Il n’est pas question de mat ni de gréement qui devaient être sans doute achetés à part, surtout les voiles. Les acheteurs devaient fournir le « bray » matière rare sans doute pour la peinture du bateau. Les constructeurs s’engageaient à le livrer avant la Sainte Madeleine (22 juillet) et au plus tard, huit jours après ce qui indique une construction réalisée en moins de quatre mois.

Le paiement était assuré en quatre fois, non pas à desdates fixées à l’avance, mais à des moments précis de la construction, avant la mise en chantier, lorsque le fond étai joint, lorsque les cotés étaient terminés, à sont achèvement lors de la mise à l’eau. le prix de 35 livres tournois représentant le bois, le fer et le travail des  ouvriers correspondant au prix de deux vaches vendues le même années à la grande foire d’octobre et de la Saint Romain, c'est-à-dire que l’équivalence serait aujourd’hui établie entre 200 et 240.000 francs.

Il existait alors de petits chantiers de construction et de réparations sur les bords de la seine, à Canteleu, à Dieppedalle, à Duclair, à  Querbaville (la Malleraye) à Caudebec.

Ce petit bateau est le type même des bateaux employés sur la seine pour le cabotage. Au dix huitième siècle on en retrouve de semblables pour les voituriers d’eau – On y trouve encore des Boutard de Jumièges- Qui deux fois par semaine faisaient un service de transport de marchandises entres Jumièges et Rouen notamment du cidre en fûts et des fruits de saison. La voie d’eau était alors la plus rapide à cause du reflux et la plus économique à cause du tonnage qui  pouvait être transporté. Dans ces actes du xviii siècles, le contact était établi pour deux personnes dont l’une était toujours bourgeois de Rouen. Cette association devait sans doutes offrir des avantages du point de vue des droits de la ville; celui de Rouen pouvait aussi chercher pour le fret possible pour le retour. Ce contrat de construction peut également répondre au même but par l’achat en commun d’un bateau neuf.

A Dubuc Annales de Normandie